Discriminations systémiques
" Le racisme systémique contribue tellement à notre système qu'on le considère souvent comme le reflet d'un ordre naturel et inévitable des choses. "
Paula A. Braveman, Elaine Arkin, Dwayne Proctor, Tina Kauh et Nicole Holm pour le département états-uniens de la Santé et des Services sociaux
Les discriminations systémiques sont des pratiques, règles et habitudes ancrées dans les organisations, la société et la culture qui mettent à mal la vie des personnes qui les subissent. Les discriminations sont du même ordre que l’air que l’on respire : elles sont partout, tout le temps, même en nous.
Parmi ces discriminations se trouvent le racisme (discrimination fondée sur une supposée appartenance raciale), le sexisme et la LGBTphobie (discrimination fondée sur le sexe, le genre, l’expression de genre, l’identité de genre et/ou l’orientation sexuelle), la grossophobie (discrimination visant les personnes en surpoids ou obèses), l’adultisme (discrimination visant les enfants et -18 ans), etc.
Les discriminations ont un impact négatif sur la santé des personnes. Il est donc primordial d’en tenir compte. Bien évidemment nous avons toustes des histoires personnelles qui affectent nos vies. Mais nous ne vivons jamais en dehors du monde, nous en faisons partie et celui-ci nous affecte. Les discriminations font partie du monde, elles le façonnent même. Il est donc, pour moi, impensable de ne pas en tenir compte dans ma pratique.
Finalement il est aussi important de parler d’intersectionnalité. Personne n’a qu’une facette. Nous nous trouvons à l’intersection, en continu et simultanément, de multitudes d’histoires, identités et vécus. Il y a des espaces de notre vie où nous sommes vulnérables et d’autres où nous avons du pouvoir.


Le racisme et la charge raciale
Le racisme entrave très concrètement nos vies (insécurité dans les rues, accès plus difficile au logement et travail, harcèlement, etc). Le poids qu’il fait peser sur nos épaules s’appelle la charge raciale. Quasiment invisible ("On ne vous empêche de rien sur le papier !" disent les sceptiques) et pourtant fortement ressenti par les personnes qui la subissent. Beaucoup réfléchir à nos vêtements et coiffures pour éviter au maximum des remarques ; se faire des parcours en tête pour rentrer le soir afin d’éviter la police ; toujours beaucoup prendre sur soi pour ne pas passer pour une personne qui est "excessive" ou "exagère" ; sentir des regards appuyés quand on est plus que 4 ou 5 dans un espace public ; etc.
La charge raciale n’est pas provoquée par les personnes qui la subissent pourtant ces personnes en portent tout le poids. Le sentiment d’injustice, même si inconscient suivant les personnes, est très fort. L’hypervigilance est aussi très présente.
Les symptômes sont multiples : douleurs, irritabilité, usure du corps, et un long etc.
Je ne vais rien promettre d’exceptionnel ici : la charge raciale est quelque chose avec lequel composer. On s’y oppose bien sûr : répondre si on se sent en sécurité de le faire, partir de certaines situations pour se soustraire à l’humiliation, pour certaines personnes il est même possible de militer pour la défense de nos droits. Mais tout ça, surtout en Europe, est quelque chose qui ne s’arrêtera jamais.
La recherche de joie, force, dignité, espérance dans ce contexte est, selon moi, vitale. Et c’est ce que je souhaite proposer.
Je vais vous écouter, accueillir votre parole et vos témoignages. Puis nous allons construire ensemble une façon de vous raconter qui ne dépendra pas que du racisme que vous subissez.


Le sexisme et la LGBTphobie
Le sexisme et les discriminations contre les personnes LGBT+ et queers, sont des discriminations qui laissent des traces dans les expériences de vie. Ça va de la remarque désobligeante, à des difficultés économiques propres aux femmes et personnes queer, en passant par des difficultés dans les relations sociales qu’on entend peu les hommes avoir.
Le sentiment d’injustice est ici aussi très présent. Suivant la gravité des situations vécues, des symptômes tels que se sentir abattue, sur la défensive, souffrir de douleurs, etc peuvent surgir.
Le sexisme est aussi une discrimination systémique, elle ne disparait donc jamais. Mais ce n’est pas parce qu’elle fait partie de la vie qu’elle en fait toute l’essence.
Ici aussi, renforcer la confiance en soi, un lien sain et joyeux au propre corps, une espérance envers la vie sont, selon moi, des moyens puissants de réécrire la situation.


Le poids du système
Selon Wikipédia le capitalisme se défini comme suit "Le capitalisme est un système économique et une idéologie politique […] le terme peut également désigner l'organisation sociale induite par ce système ou un système fondé sur l'accumulation du capital productif et la recherche du profit. Les acteurs du système capitaliste sont les individus, des entreprises, des associations, des fondations voire l'État (capitalisme d'État) quand il assume un rôle économique."
L’idéologie politique que notre système d’Etat a mis en place se ressent dans toutes les institutions. Et j’utilise le terme "ressent" exprès ! Beaucoup de personnes sentent dans leur corps et psyché le stress que produit le système dans lequel nous vivons.
Il n’est pas rare que les gens parlent de "manque de sens" lorsqu’elles ont à faire au Social ou au chômage (à l’ORP). Ça vous est peut-être déjà arrivé à vous d’avoir une sensation tenace de devoir poursuivre les subsides, assurances ou autre, et de ressentir une fatigue, une immense lassitude, voire un fort sentiment d’injustice.
Beaucoup de personnes témoignent aussi de se sentir poursuivie (rappels de factures, règlement strict, etc). Donc en danger permanent et, donc très logiquement, d’être en hypervigilance. (Le système suisse de "mise en poursuites" prend tout son sens ici…).
Il est important pour moi que les personnes prennent conscience que dans l’immense majorité des cas le stress, le manque de sens, le sentiment d’injustice, la culpabilité du type "mais je reçois quand même des aides… Je suis ingrat.e … Je ne devrais pas me plaindre", etc n’est pas de leur faute.
Cette prise de conscience doit bien sûr venir de la personne. Je ne suis qu’une guide dans ce chemin. Puis, avec des outils de validation, lâcher-prise ou tout autre levier que la personne développe, nous construisons ensemble un discours et des vivances qui sont plus proches de la liberté fondamentale de la personne.


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